Dans notre quotidien, il est tentant de croire qu’en évitant de penser à nos problèmes ou en refusant de se confronter à ce qui réveille notre anxiété, nous nous montrons forts. « Ne pense plus à ça ! » ou « Passe à autre chose ! » sont des phrases que nous nous répétons souvent. Ce mécanisme d’évitement, qui semble à première vue être une stratégie de défense efficace, peut pourtant se retourner contre nous. Car, même si l’on parvient temporairement à esquiver la source de notre anxiété, notre corps, lui, garde tout en mémoire et finit par nous rappeler ce que nous essayons de fuir.
Prenons le cas de Vincent, un personnage fictif qui illustre bien cette dynamique (et qui ressemble à plusieurs de mes patients). Vincent est cadre dans une entreprise de communication, il jongle entre de nombreuses responsabilités et sa vie personnelle bien remplie. Depuis toujours, Vincent a une règle d’or : « Ne jamais se laisser submerger. » Lorsque quelque chose l’inquiète ou le contrarie, il se répète qu’il est « assez fort » pour passer à autre chose. À la moindre montée d’angoisse, il s’oblige à détourner son esprit, se lance dans une activité sportive, ou se concentre sur un nouveau projet professionnel. 
Cette stratégie a fonctionné… pendant un temps. Mais depuis quelques mois, Vincent est assailli par des crises d’angoisse qui surgissent sans prévenir. Cela lui arrive au milieu d’une réunion ou en plein week-end avec ses enfants, sans raison apparente. Pourtant, au moment précis où ces crises se déclenchent, il ne pense à rien d’anxiogène. C’est comme si son corps, brusquement, se mettait en état d’alerte maximale. Il est pris de vertiges, de palpitations, et d’un sentiment de panique intense. Vincent se demande alors : « Pourquoi est-ce que ça m’arrive, alors que je ne pensais à rien ? »
 L’évitement : un mécanisme de défense à double tranchant
Ce que Vincent ignore, c’est que ses crises d’angoisse ne surgissent pas par hasard. Elles ne sont pas le fruit d’un déséquilibre chimique soudain, ni d’un « problème de nerfs ». Ces attaques de panique sont en réalité la réponse de son corps aux nombreuses situations qu’il a soigneusement évitées et ignorées. Chaque fois que Vincent a refusé de se confronter à un conflit, à une peur ou à une situation stressante, il n’a pas effacé le problème. Il l’a simplement repoussé en arrière-plan, où ces émotions ont continué à exercer une pression, invisibles mais toujours présentes. 
Quand on utilise l’évitement pour gérer l’anxiété, on crée une sorte de « cocotte-minute émotionnelle ». Cela donne l’illusion de maîtrise et de force, car on parvient à fonctionner normalement au quotidien, mais en réalité, chaque nouvelle situation ignorée s’accumule. Le cerveau, lui, n’oublie pas. Et c’est le corps qui prend le relais pour exprimer cette surcharge de tensions. Vincent pensait qu’en évitant de penser aux problèmes, il passait à autre chose, alors qu’en fait, il les laissait s’enraciner plus profondément.
Pour Vincent, les premières manifestations ont été subtiles : un léger mal de dos après une réunion stressante, une fatigue inexpliquée après une altercation avec un collègue. Mais, à force de tout ignorer, ces signaux corporels se sont transformés en véritables cris de détresse : essoufflement, sensation d’oppression, vertiges. Le corps, incapable de contenir plus longtemps cette énergie anxieuse accumulée, a réagi par des crises d’angoisse. Chaque crise est alors un rappel brutal que les problèmes non traités ne disparaissent pas ; ils changent juste de forme.
Comment sortir du piège de l’évitement ?
Le premier pas est de comprendre que l’évitement n’est pas une solution, mais un mécanisme de défense temporaire. Se dire « Je suis assez fort, je vais passer à autre chose » revient souvent à se mentir sur ce que l’on ressent vraiment. Plutôt que d’ignorer nos peurs et nos préoccupations, il est crucial d’apprendre à les reconnaître, à leur donner une place, sans s’y laisser submerger.
Voici quelques pistes pour sortir du cercle vicieux de l’évitement :
1.Prendre le temps de ressentir : À la fin de la journée, au lieu de zapper automatiquement sur la télévision ou de chercher à occuper l’esprit, demandez-vous : « Quelles ont été mes sources de stress aujourd’hui ? Qu’est-ce qui m’a contrarié ? » Il ne s’agit pas de ruminer, mais de donner un espace à ces pensées pour qu’elles ne se transforment pas en sensations physiques incontrôlées.
2. Reconnaître les déclencheurs évités : Listez les situations ou pensées que vous avez tendance à éviter : est-ce des discussions conflictuelles ? Un projet qui vous met mal à l’aise ? Une émotion que vous ne voulez pas ressentir ? Plus vous identifiez ce que vous fuyez, plus vous pourrez apprivoiser ces peurs.
3. Réapprendre à se confronter doucement : Le but n’est pas de plonger tête la première dans ce qui vous angoisse, mais de réintroduire progressivement ces pensées ou situations dans votre quotidien. Cela peut se faire par de petites étapes : parler brièvement d’un sujet évité, imaginer une issue positive, ou visualiser comment vous pourriez vous sentir en gérant différemment la situation.
4. Accepter les limites de l’évitement : Se dire « je suis fort » pour ne plus y penser est une manière de se protéger, mais ce n’est pas une solution durable. Accepter que parfois, affronter ce qui nous angoisse est un signe de force bien plus grand que de chercher à le fuir.
Pourquoi l’accompagnement est nécessaire ?
Vincent a fini par comprendre, après plusieurs séances, que ses crises d’angoisse étaient le reflet d’un trop-plein émotionnel. Au lieu d’essayer de « passer à autre chose » seul, il a accepté de revisiter les situations qui l’avaient marqué, une à une, et de nommer ce qu’il ressentait réellement. L’accompagnement thérapeutique lui a permis de « redécompresser » cette cocotte-minute intérieure, et les crises d’angoisse ont commencé à s’espacer.
S’il avait continué sur la voie de l’évitement, les crises se seraient sûrement intensifiées, car son corps aurait cherché de plus en plus fort à se faire entendre. Aujourd’hui, il sait que sa vraie force n’est pas de tout ignorer, mais de se confronter, par petits pas, à ce qui l’effraie. 
L’évitement donne l’illusion de contrôle, mais le contrôle réel vient de la capacité à regarder ses peurs en face. Si vous vous reconnaissez dans le parcours de Vincent, il est peut-être temps de ne plus vous dire « Je suis assez fort », mais de vous demander : « De quoi ai-je vraiment besoin pour aller mieux ? »
Un thérapeute peut vous aider à trouver cette réponse et à dénouer ce qui, jusque-là, semblait insurmontable.
À force de vouloir fuir ce qui nous angoisse, c’est le corps qui finit par nous rappeler que ces problèmes demeurent. Plutôt que de chercher à passer à autre chose, il est souvent plus bénéfique de se poser, d’écouter, et de traiter ce qui, sans cela, continuera à se manifester sous forme de crises d’angoisse.

À propos de l’auteur

Frédéric Makhlouf, praticien en psychothérapie, dédié à guider ceux qui souhaitent entamer un parcours de résilience. Mon approche bienveillante encourage chacun à explorer ses difficultés pour retrouver équilibre et vitalité. Prêt à franchir le premier pas? Je vous propose un appel d’écoute pour vous accompagner dans cette démarche.